Paris Bohême, mode d’emploi?

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To read this article in English:Paris Bohême: instruction manual?

Lorsque j’ai démissionné de mon poste à Düsseldorf en 2006, j’étais au bout du rouleau. Je sortais d’une histoire d’amour impossible qui avait pris des proportions que je ne maîtrisais plus. Ce fut ma periode Eat, Pray, Love. J’étais alors à l’affut d’un regain d’énergie. Je recherchais une nouvelle vie, de la passion au quotidien, quelque chose qui m’éloigne de l’univers trop efficace, aseptisé et pourtant émotionnellement chargé de l’Allemagne.

Alors en authentique romantique, j’ai choisi Paris. Paris que je connaissais déjà. Paris que j’aimais. Comment ne pas aimer Paris? Et j’ai jeté mon dévolu sur le quartier latin où j’avais fait mes études plus tôt en 1997.

J’ai emménagé boulevard Saint-Germain, à deux pas de Notre dame de Paris, une prestigieuse adresse qui garde toutefois un esprit villageois fort…(pour ceux qui connaissent, je vis dans le 5ème, la partie la plus « sympathique » du boulevard Saint-Germain, les autres parties traversant les 6ème et 7ème arrondissements étant réputés plus huppés).

Alors pour un coeur brisé, ce fut une bénédiction de pouvoir se refaire dans pareil quartier. J’avais opté pour un vieil immeuble parisien tout en pierre…rêve un peu naïf de toute étrangère un tant soit peu romantique à Paris. Je voulais tout le cliché…Dans mon quartier, on voit Paris tel qu’on l’imagine dans les films de Woody Allen. Truffé d’intellectuels qui vont acheter leur pain dans de vieilles boulangeries, finir leurs courses dans des fromageries, des caves à vin, des enseignes bio et parler de Sartre dans des restaurants discrets mais très réputés dans le quartier. Les gens sont juste adorables. Mes voisins sont courtois, souriants, corrects et tous les commerçants du quartier me connaissent et m’offrent régulièrement un peu de tout…du dîner au champagne, des chants, des cigarettes, parfois la bonne humeur en partage pour fêter des choses, parfois une épaule compatissante pour pleurer. C’est véritablement la vie de Bohême…

Jusqu’au jour où apparaît l’envers du décor. Et l’envers du décor, ce sont les dégâts des eaux, qui, j’aurais dû le deviner à l’âge de l’immeuble (romantisme romantisme quand tu nous tiens), constituent des maux chroniques…

Et me voilà aujourd’hui en 2014, après le 9ème dégât des eaux…mes voisins, jadis si aimables avec moi dans l’ascenseur, me prennent pour le monstre qui voyage tout le temps et qui ne manque pas une occasion d’inonder leur appartement. Et la transformation a été rude. Si on prend l’exemple de mon illustre politologue de voisin, j’ai l’impression que ces dégâts des eaux l’ont fait muter. L’autre fois au téléphone, alors que j’étais à un entretien et que j’essayais de réduire le volume de l’appareil tellement il criait, il rugissait des insultes, il ne subsistait plus aucune trace de l’élégant Monsieur au langage châtié. Après de multiples allusions à mon postérieur (à ce stade, j’ai encore eu la fierté de penser qu’autant d’attention était sans aucun doute le fruit de mes nombreuses sessions de musculation au club Med gym…), il a menacé de me traîner en justice.

Alors comment expliquer à cet homme surexcité que depuis près d’un mois, je ne parviens pas à mettre la main sur un plombier capable de réparer la fuite?

Ce sont ces moments un peu cuisants où l’on comprend que derrière ce Paris Bohême fort sympathique en surface se cache une montagne d’inefficacité et d’amateurisme…Paris est le seul endroit sur terre où un plombier vient sans sa caisse à outils et s’offusque du fait qu’une Barbie n’ait pas de clé à cliquet 3/8 à portée de main. Paris est le seul endroit sur terre où le plombier est convoqué pour le vendredi à 8h30 et il arrive comme une fleur le samedi à 15h30…Il est vrai qu’à ces moments, je donnerais cher pour avoir affaire à la rigueur et à la fiabilité allemandes…

Mais patience. Paris ou pas, le deus ex machina viendra bientôt et cette fuite ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

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