Armani, la version corporate du pays des merveilles

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To read this article in English: Armani, the corporate wonderland

En attendant que le chauffeur de la Vallée Village vienne me récupérer avec Miss X à l’occasion de notre prochaine escapade de princesses, je me remémore l’une des meilleures expériences de mes premières années d’audit.

Je contrôlais la boutique Armani du Village de Wertheim en Allemagne, l’un des villages équivalents à la Vallée Village en Allemagne. Ce fut l’une des expériences professionnelles les plus intenses que j’aie pu vivre.

Lorsque je me suis présentée à la boutique, mon regard s’est illuminé. Je suis tombée sur l’entreprise de mes rêves. Une équipe comme sur les plaquettes d’entreprise, composée de gens beaux, sereins, souriants et de toutes les couleurs: un Noir américain, une Asiatique et un Italien évoluaient dans un immense espace lumineux où s’alignaient une succession d’escarpins tous aussi jolis les uns que les autres, des matières nobles extrêmement agréables au toucher. En bref, c’était la version luxe et corporate de Benetton dans l’univers de Barbie.

Lorsqu’on travaille dans un monde tout sauf glamour sous les ordres de quelqu’un que l’on n’admire pas vraiment et qu’on a un aperçu de la possibilité d’un ailleurs, le temps d’une seconde, on a parfois cette même réaction que lorsqu’on va voir la nouvelle nana d’un ex dont on est encore secrètement amoureuse. On espère qu’elle sera grosse et laide, frappée d’une tare bien évidente ou tout au moins, qu’elle sera très stupide. Là, c’était pareil…je me disais que comme un certain nombre d’entreprises du monde de la mode que j’ai pu voir, ils allaient rester superbes en surface et faire preuve de beaucoup d’amateurisme au niveau organisationnel.

Mais non. L’équipe Armani frisait la perfection. Et je n’ai pas eu droit aux couacs habituels. La caisse était juste. Les ventes étaient cohérentes. Le personnel d’Armani n’a pas tenté de me soudoyer avec des fourrures soyeuses comme ont pu le faire certaines marques. Quant au stock…le directeur de magasin a ouvert la porte menant à l’arrière du magasin où étaient entreposées les créations. Certain de son effet, il a fait un geste grandiose et circulaire en disant « this Is the warehouse ». J’étais sans voix. Devant moi il y avait des rangées d’étoffes douces et chatoyantes…j’ai repris mes esprits pour commencer le contrôle du stock sur quelques articles. J’ai commencé par un pantalon…il en manquait un…Avais-je trouvé la faille du magasin parfait? Imperturbable et digne, le directeur de magasin s’est excusé pour retourner dans le magasin. Il est revenu peu après avec le pantalon en main « il était en vitrine ». J’ai vérifié la taille…mais oui, c’était bien le 36 qui manquait.

Ils étaient bien cool, beaux et en plus compétents et d’une rigueur assez rare dans l’exercice de leur métier. J’étais conquise par cette ambiance et cette philosophie du travail où la bonne humeur et le confort font partie des vecteurs de performance.

C’est avec un regret difficilement dissimulé que j’ai refermé les portes du magasin derrière moi.

Depuis j’ai mis ce jour dans une sorte de boule à neige que j’agite lorsque le stress gagne les équipes au bureau. Car aussi laide que soit la réalité, le plus important, c’est de savoir garder le sourire, cultiver les beaux moments et les garder comme des bulles de liberté.

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