A la conquête de Victor

Janvier 2002. Il était là, invariablement assis à la porte de sa petite boutique en bois. Impressionnant avec ses cheveux ondulés impeccablement tirés en arrière, son costume trois pièces rétro bleu pétrole, sa montre à gousset en or et ses bicolores, on le croirait sorti tout droit d’un autre temps. Un autre temps où l’aristocratie était un état d’esprit avant d’être un rang social. Un autre temps où les mœurs étaient plus douces et les gens plus délicats. Un autre temps où il emmenait sa femme Honorine danser à la fermeture de la boutique. C’était bien…

Le poste radio était allumé. Les nouvelles n’étaient pas très bonnes, comme d’habitude. Mais de ce poste, il maitrisait son petit monde, et ce depuis plus de soixante ans. C’est dans cette boutique couleur sépia située au cœur d’Antananarivo qu’il avait habillé les plus grands officiers de l’occupation française à Madagascar. Aujourd’hui il y avait toujours autant de monde qui passait. Mais ce n’était plus vraiment pareil. Il n’y avait plus d’argent. Les affaires étaient au point mort. Plus personne ne pouvait se payer le prestige de ces fournitures d’antan, si agréables au toucher. Aujourd’hui les gens ne venaient plus que pour parler des émeutes politiques de plus en plus fréquentes.

Cet homme, c’était mon grand-père. Victor Andriantavy. Et c’est ainsi, assis dans sa boutique, les yeux bleus fixant le vide que je l’ai vu pour la dernière fois. À quoi pensait-il, les yeux ainsi rêveurs? Je ne sais pas. Il est décédé un an et demi après. Il aimait la brocante, les montres et le tango. Il faisait les plus jolies broderies militaires du pays. Mais surtout, il était passionné par les belles choses qu’il collectionnait et confectionnait minutieusement dans son petit atelier. Ces belles petites choses. Et c’est ainsi qu’il a élevé chacun de ses dix enfants : dans l’amour et le respect des belles petites choses.

Aujourd’hui il ne me reste plus grand chose de cet homme: de vagues souvenirs de son atelier où je jouais quand parfois il venait me chercher à l’école, l’image de ses yeux bleus qui nous dardaient avec autorité à chaque fois que nous faisions des bêtises, quelques photos, l’héritage d’un savoir-faire jalousement gardé, des résidus de broderie et une montre a gousset.

L’aventure a commencé il y a 4 ans, quand mon accident de parcours en Chine (https://bakorambini.wordpress.com/a-propos-de-moi/ ) m’a rappelé mes origines et l’éducation dans laquelle j’ai grandi. Et elle continue. Après avoir appris la technique des mains de ma tante, à la fin de ce mois, j’entame une nouvelle étape du processus : j’irai passer quelques samedis à Rochefort, fief français de la broderie militaire.

Pour comparer les techniques.

Alors restez connectés pour la suite.

Xoxo

Bako Rambini

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